Réseaux d'Echanges Réciproques de Savoirs
RERS-asso

A Mulhouse, "Différent et Compétent"

reçoit le prix de la réciprocité positive 2013

Texte de Tugdual Ruellan

          Pierrot Amoureux, Christian Guitton et Patrice Leguy, et, à travers eux, «Différent et compétent», ont reçu le 23 mars 2013, le Prix de la réciprocité 2013, remis par Claire et Marc Héber-Suffrin, à la maison de quartier de la fonderie de Mulhouse, cofondateurs de Foresco, l'association française des Réseaux de Formations réciproques, d'Echanges de Savoirs et de Créations collectives - www.rers-asso.org. En présence de Jean Rottner, maire de Mulhouse, et de représentants de la Région Alsace.


Président Différent et Compétent Réseau : Christian Guitton ; secrétaire générale : Magdeleine Grison


Soutien communication dans le cadre du projet européen Différent et Compétent : Tugdual Ruellan

Prix de la réciprocité 2013


Pour Pierrot Amoureux, Christian Guitton et Patrice Leguy


Et, à travers eux, « Différent et compétent »


Pierrot Amoureux : "Un moment vraiment « fort »… Merci à chacun d’avoir permis ces Moments de Réciprocité. J’espère que nous saurons trouver les mots pour vous partager l’intensité et les apports de ce temps singulier et pluriel…"


Claire Héber-Suffrin : " Chers amis de Différent et compétent, c'est nous qui devons vous remercier : nous avons été très fiers que Patrice, Christian et Pierrot, Pierrot Patrice et Christian, Christian, Patrice et Pierrot, etc. acceptent de recevoir ce prix, fassent le déplacement à Mulhouse, disent des mots très forts en intelligence et en humanité, que Magdeleine soit présente, que le prix soit mentionné sur la quatrième de couverture du livre. Nous avons été très touchés par leur amitié. Soyez-en tous remerciés."

Intervention de Marc Héber-Suffrin


Qui sont ces trois hommes ?

Pierrot Amoureux, Christian Guitton et Patrice Leguy. Trois voyageurs venus ce jour à Mulhouse nous faire un grand plaisir en acceptant de recevoir le prix 2013 de la réciprocité positive. Ils sont au premier rang d’une association de milliers de femmes et d’hommes de l’association Différent et Compétent qui recevront ce prix avec eux et à travers eux.


Qu’est-ce que Différent et Compétent ?

C’est une organisation apprenante, adossée au réseau des établissements et services d’aide par le travail, les esat. Qu’est-ce qu’un esat ? Une entreprise de production en même temps qu’un établissement médicosocial. Pourquoi Différent et Compétent s’écrit-il au singulier ? Parce que ses artisans savent qu’en matière de relations humaines la sagesse est de ne pas apprendre à compter au-delà de UN.


Qu’est-ce qu’un prix ?

C’est une manifestation publique de reconnaissance et une invitation au partage de cette reconnaissance. Qu’est-ce qu’on demande quand on offre ? Ici, Foresco (Réseaux d'Echanges Réciproques de Savoirs) demande des aventures communes relationnelles, pédagogiques, civiques et solidaires. Nous demandons à être admis comme vos alliés, nous demandons à partager le pari commun suivant : en nous alliant, nous allons nous enrichir mutuellement jusqu’à ce coeur de conviction : les meilleures chances d’améliorer nos vies sociales sont à rechercher avec le concours de ceux qui sont facilement vus comme « oubliables ». Peut-on dire ce que Foresco demande et même cherche à prendre en faisant ce don ? A tout le moins, prendre rang sur la liste de vos partenaires possibles.


Qu’est-ce qu’une organisation apprenante ?

C’est un lieu où chacun se définit comme apprenant/apprenti et où tous les savoirs, toutes les personnes, y compris les personnes morales, toutes les situations, et cela interminablement, sont orientées à la réussite de tous les apprentissages. C’est une fournaise pédagogique.


Pourquoi le prix de la réciprocité 2013 a-t-il été proposé à ces trois auteurs et à cette association ?

D’abord parce que vous êtes des entrepreneurs coopérateurs : votre démarche illustre une nécessité requise pour toute innovation cohérente. Nécessité rarement aussi visible que dans votre démarche. En effet, trois pôles sont nécessaires ensemble pour qu’une innovation ait quelque chance de réussir :

- il lui faut des praticiens de l’éthique ;

- il lui faut des praticiens de la gestion ;

- il lui faut des praticiens de la réflexion.

Ce schéma généralisable (peut-être universalisable, mais l’universalisable étant à construire, nous nous garderons de l’affirmer trop rapidement ici), ce schéma nécessaire pour la viabilité des innovations, vous le rendez visible :

- Christian Guitton occupe le pôle institutionnel ;

- Patrice Leguy, le pôle cognitif ;

- Pierrot Amoureux, le pôle éthique.

On mesure bien que cette attribution des trois pôles à chacun de vous trois a quelque chose de réducteur et d’artificiel. Il ne s’agit évidemment que d’une responsabilité particulièrement accentuée, chacun des trois intervenants restant toujours soucieux de la réussite des deux autres.


Reprenons cette illustration...

- L’étincelle, l’idée, la volonté de vouloir, il semble bien qu’elles aient été d’abord portées par Pierrot Amoureux. Mais une étincelle peut être à l’origine d’un foyer puissant ou bien un trait lumineux évanoui au même instant que né.

- L’acharnement, les moyens, les formes de la coopération, la persistance de l’action, il semble bien qu’ils aient très tôt nécessité la constitution d’une association, que Christian Guitton a la charge de faire persévérer dans ses orientations.

- Quant aux chances de la compréhension intersubjectives de ce qui est en cours, elles vont naître du travail du pôle connaissance, ici occupé par Patrice Leguy.

L’un de ces trois pôles sans les deux autres ? Ç’aurait été « Différent et compétent » comme léger brouillard du matin qui s’évapore au premier rayon de soleil. C’est cette interdépendance qui mérite d’être généralisée quand on veut apprendre à devenir, quand on projette d’apprendre en collectifs coopérateurs à devenir facteurs d’amélioration de nos sociétés (précision : lire le rappel historique du projet Différent et Compétent en bas de cet article).


Surprise !

Il ne s’agit pas que d’interdépendance, il s’agit d’inter/générativité, c’est-à-dire que chaque pôle contribue à l’existence des deux autres :

- l’institutionnel contribue à l’émergence du réflexif,

- le réflexif donne des outils d’intelligibilité aux volontés et aux appréciations, contribuant ainsi à la consolidation de l’éthique,

- l’éthique contribue à l’émergence cohérente des deux autres en ceci qu’elle les justifie parce qu’elle sait leur dire en quoi ils sont soucieux de justice entre les personnes.


On vous découvre entrepreneurs coopérateurs, selon un schéma qui nous est d’autant plus cher qu’il puisera son énergie dans la réciprocité positive sous ces trois formes, nous y reviendrons plus loin.

On peut encore illustrer la vie de ces trois pôles en termes plus simples : chacun devra, à son tour, assurer l’accueil et la protection des deux autres :

- Accueillir et protéger, pour se faire comprendre (Patrice)

- Accueillir et protéger, pour se consolider et s’épanouir (Christian)

- Accueillir et protéger, pour continuer à s’inventer en cohérence (Pierrot).


Il y a une seconde raison à l’attribution de ce prix à « Différent et compétent », c’est qu’on découvre qu’il y a plus surprenant encore dans votre affaire : c’est ce cheminement simple et éblouissant à la fois qui propose la reprise, (à chaque moment d’une démarche de formation, et plus encore d’une démarche de professionnalisation), d’un rythme à trois temps : la valse.

- Premier pas, celui de la prise en compte du concret dans le savoir-faire, même le plus modeste, le plus discret et le plus caché ;

- Puis le pas de l’abstraction qui permet au savoir d’être compris dans son contexte social, professionnel…

- Le pas enfin du transfert qui a deux significations : celle de la transposition comme celle de la transmission.


Comme il s’agit d’une danse, il n’y a pas d’arrêt sur le troisième pas ; on revient, illico, au premier pas. Chaque étape étant accompagnée par la mélodie de l’entraide. En fait, il s’agit de la valse de l’entraide permanente, jusqu’à ce que chaque étape de construction d’un portefeuille de compétences soit l’occasion de mises en perspectives nouvelles ; jusqu’à ne jamais venir devant un jury pour obtenir un certificat de compétences sans y être suffisamment préparé pour que les chances de la reconnaissance positive, donc de la réussite, soient à leur maximum ; jusqu’à ce que, jamais, un échec éventuel interdise de revenir devant un autre jury.

Ce joyau, dans votre affaire, il n’est pas douteux que vous allez continuer à l’améliorer ; il porte, en germe, des chances de généralisation. Là encore, l’universalisable semble bien proche. Où se trouve le coeur de nos affinités avec vous ?


Différent et Compétent se dévoile à nos yeux, comme un groupe associatif avec lequel notre proximité est très étroite. Comme vous, les Réseaux d’échanges réciproques de savoirs affirment que le plus petit d’entre nous, le plus méconnu, le plus susceptible d’être oublié, est aussi celui qui enseignera à de vastes collectifs que c’est à partir de nos manques que nous pourrons le plus et le mieux donner. Cette conviction que nous partageons, il sera peut-être nécessaire que nous ayons ensemble l’audace de la proposer et de la défendre comme un « universel » à dévoiler et à construire.

Nous pouvons, vous et nous, en petit collectif de chercheurs du quotidien, de praticiens chercheurs, nous faire ensemble porteurs :

- de la compétence « innovation » ;

- de la compétence « apprendre à devenir » ;

- peut-être de la compétence « qualification professionnelle de tous tout au long de la vie » ;

- et enfin de la compétence « faire fructifier la réciprocité pédagogique ».


Qui sont ces trois hommes ?

Ce sont de très convaincants « praticiens-apprentis de la réciprocité positive
générale » :

- Celle qui fait que je retiens que ce qui est bon pour moi, l’est tout autant pour chaque autre personne rencontrée. « En cette matière, aucune personne ne peut jamais cesser d’être en apprentissage. »

Ce sont de très convaincants « praticiens –apprentis de la réciprocité positive relationnelle » :

- Celle qui permet de retenir que chaque rencontre sera, ou ne sera pas, l’occasion d’une belle relation, celle qui met à la recherche de l’excellence, dans chaque relation, à chaque instant. Ce sont de très convaincants « praticiens-apprentis » de la réciprocité positive pédagogique » :

- Celle qui affirme qu’il faut reconnaître en chaque personne le droit d’instruire autrui. Il s’agit de tout ce que la personne est disposée à mettre au profit d’autrui. Le plus modeste savoir faire, dès lors qu’il est sollicité, devient un don : je donne de moi-même, et je peux même donner de ce qui me manque, en offrant ainsi à autrui la possibilité de me faire un don.

Le don de reconnaissance que Foresco vous fait, ce jour, se voudrait à la taille du don que votre association, à travers ce livre, nous offre à tous.

Nous avons côtoyé prudemment la notion d’« universel ». A travers ce livre, visiblement, ce que vous avez construit s’adresse bien à tous les humains. A tous les humains qui ont le projet de construire un devenir améliorateur à partir des contributions de tout un chacun. « Ceux qui peuvent voir l’universel sont capables de tenter l’impossible » (un chinois anonyme cité par Edgar Morin, Journal de 1992 à 2010, Seuil, 2012, p. 579 à la date du 11 septembre 1995).


Qu’est-ce que votre ouvrage primé ici, « Handicap, reconnaissance et formation tout au long de la vie » ? Un ouvrage à recommander et à étudier dans nos réseaux !

Différent et Compétent : bref retour en arrière...


          En 2001, deux directeurs de CAT en Bretagne, Gérard Brière et Christian Guitton se retrouvent autour de la question de la reconnaissance et de la qualification professionnelle des ouvrières et ouvriers d’ESAT et mettent en place un groupe de travail. Dès 2002, une démarche est mise en place avec l’aide de financements européens grâce au programme Equal. Quatre CAT de la région Bretagne sont à l’origine d’un nouveau collectif appelé Différent & Compétent. Ils sont rapidement rejoints par 20 autres établissements de la région. Les débuts sont laborieux.


          Au bout de la première année, aucune avancée significative n’est constatée. Un diagnostic sur la démarche est alors lancé, les résultats constituent un véritable électrochoc salutaire. Un certain nombre de principes sont alors reformulés autour de la notion d’organisation apprenante, de restructuration de référentiel et de partenariat avec les organismes financeurs. Le passage du financement d’un programme européen à un programme régional a été une seconde grande étape avec l’élargissement à 45 esat.


          Depuis 2011, le dispositif essaime dans plusieurs pôles territoriaux de France et ne cesse de s'enrichir.

PRIX DE LA RECIPROCITE 2013